violette morris boxe avec un homme

Violette Morris, le visage de « Histoires de meufs »

Pourquoi Violette Morris ?

La mine patibulaire de Violette Morris s’étale en couverture du recueil de nouvelles « Histoires de meufs ».

Athlète hors norme, figure queer et atypique de l’entre-deux guerres, aimant les femmes, chanteuse de cabaret, et pilote de rallye qui se fait couper les seins pour être plus à l’aise au volant, Violette Morris détonne et explose les cadres. Elle dérange et scandalise.

Pour illustrer mon recueil, j’ai choisi plusieurs photos numérisées par la BnF qui la représentent en train de faire de la boxe, nouant sa cravate, posant nonchalamment sur un ring… Je trouve que ces photos dégagent une telle énergie que j’ai aussitôt voulu les associer à mon recueil ! Donc, bien qu’aucune des nouvelles ne parle vraiment d’elle, Violette Morris est devenue en quelque sorte le visage de « Histoires de meufs ».

« La hyène de la Gestapo »

Un jour, un ami m’interpelle. Lorsque je lui montre la maquette de « Histoires de meufs », il me demande aussitôt si je suis « au courant que Violette Morris était une collabo », et tente de me dissuader d’associer son image à mon livre. Mais j’ai décidé de conserver mon choix, et je souhaite dans cet article d’en exposer les raisons.

Bien sûr que je suis au courant de la légende noire de Violette Morris ! Pendant l’Occupation, elle a malheureusement collaboré avec la Wehrmacht. Ceci dit, son implication est demeurée strictement économique : elle a géré un entrepôt réquisitionné par la Luftwaffe.

Mais dans années 1980 (très postérieurement aux événements, donc) l’historien Raymond Ruffin s’empare de l’histoire. Il consacre à Violette Morris une biographie, dans laquelle il la dépeint en « diablesse », en tortionnaire de femmes de résistants, et la surnomme « la hyène de la Gestapo ». Elle aurait carrément fourni les plans de la ligne Maginot à Hitler ! Et c’est pour cette raison qu’elle aurait été exécutée par le maquis normand de Surcouf.

Une femme à abattre par tous les moyens

Or, il se trouve par hasard que l’historienne Marie-Jo Bonnet s’est récemment penchée sur ces allégations. Et qu’elles n’ont pas résisté à un examen minutieux des sources historiques. En effet, non seulement il était parfaitement impossible que Violette Morris ait eu accès aux plans de la ligne Maginot, mais elle aurait encore moins pu les transmettre à Hitler. La seule fois où elle aurait eu l’occasion de se rendre en Allemagne (c’était pour les JO), on l’en avait empêchée : aujourd’hui on aurait parlé de discrimination. Les scènes de torture décrites par Raymond Ruffin sont purement des fictions littéraires. Et quant au fameux télégramme – de Londres, rien de moins – qui l’aurait désignée comme « femme à abattre par tous les moyens », il s’agissait purement et simplement d’une invention. Nulle trace de ce document dans les archives… Nulle trace également de Violette Morris dans les registres de la Gestapo. Rien ne corrobore les faits qui lui ont valu cette affreuse réputation.

En fait, il semblerait que cette « légende » ait été forgée de toutes pièces pour justifier, a posteriori, un attentat dans lequel les maquisards ont exécuté des enfants. Ce jour-là, Violette Morris sert de chauffeur à un couple de charcutiers collabos. Visé par un attentat, le couple est exécuté… avec comme victimes « collatérales » leurs deux enfants, et Violette Morris. Pour justifier le meurtre d’enfants, il fallait bien que « la Morris » fût désignée comme femme à abattre par tous les moyens…

Réhabilitation

Ces dernières années, la figure de Violette Morris a donc bénéficié d’une sorte de réhabilitation. Un livre et une bande dessinée ont été publiés avec la collaboration (sans mauvais jeu de mots) de Marie-Jo Bonnet. Vous pouvez aussi écouter ce (très bon) podcast pour entendre l’histoire plus en détail.

J’ai donc suivi mon intuition, et conservé ma couverture et les illustrations que j’avais prévues. Et je suis enchantée d’apprendre que cette couverture aux accents vintage a, semble-t-il, interpellé et convaincu plus d’un.e lecteur.trice de s’intéresser à mon premier livre.

Post-scriptum : Mon ami, outré que l’on ose accuser des résistants d’avoir assassiné des innocents et falsifié l’histoire, ne m’a pas parlé pendant quelque temps. Nous sommes aujourd’hui réconciliés.