Pourquoi j’ai choisi l’auto-édition

Vous êtes un jeune auteur, avec un magnifique roman / essai / recueil de poèmes dans votre tiroir, que vous souhaitez faire découvrir au monde entier. Votre livre est absolument génial, vous en êtes convaincu et moi aussi. Seulement voilà, il s’agit maintenant d’en convaincre un éditeur. Une perspective qui vous donne le cafard. Heureusement, l’auto-édition existe.

Mais que font les éditeurs ?

Quand on jette un coup d’œil au monde de l’édition en France, on a vite fait d’être submergé par une vague de mélancolie. Le Syndicat national de l’édition annonce chaque année une contraction du marché. La rentrée littéraire 2020 promet d’être particulièrement morose, avec une diminution globale des titres. Et surtout : ce sont les premiers romans qui accusent une chute libre. Attention, cela ne signifie pas qu’il y a moins de nouveaux auteurs, que les gens ont moins d’inspiration et de créativité. Non, cela signifie surtout que la majorité des maisons d’édition préfèrent s’accrocher à des valeurs sûres. Travailler avec des auteurs déjà connus et reconnus. Minimiser la prise de risque.

Se pose alors la question : quelle, est dans ce cas, la valeur ajoutée d’un éditeur ? Quel défi y a-t-il à publier un Michel Houellebecq, une Amélie Nothomb, un Bernard Werber, ou des écrivains comme Elena Ferrante, Joyce Carol Oates, Léïla Slimani ou Ken Follett, qui se vendent déjà parfaitement bien ? Attention, je ne porte aucun jugement sur le travail de ces auteur.ice.s. Je dis juste qu’ils bénéficient déjà d’une bonne couverture médiatique. On comprend le raisonnement des éditeurs qui, comme dans tout business, veulent maximiser leurs profits. Mais à ce compte-là, on ne publie que des mastodontes qui s’écoulent déjà à des millions d’exemplaires, on encaisse le chèque, et adieu la diversité éditoriale.

Le filtre de l’orpailleur

A mon humble avis, le rôle d’une maison d’édition devrait être entre autres de dénicher des pépites – et pour cela d’éplucher des manuscrits, d’écumer les réseaux sociaux… et les plateformes d’auto-édition. Puis, une fois les pépites recueillies dans le filtre de l’orpailleur, de porter ces nouveaux auteurs, de les aider à peaufiner leur travail et de leur offrir la visibilité qui manque à leur succès.

Les éditeurs le font déjà, évidemment. Voici par exemple une liste des maisons d’édition qui acceptent de publier des premiers romans (tous les éditeurs en publient, techniquement, cependant certains le font plus volontiers que d’autres). Il y a des nouveaux auteurs qui arrivent à se faire publier et qui bénéficient de belles campagnes promotionnelles. Mais peu, trop peu.

On pourrait rétorquer qu’il y a tout simplement trop de gens qui écrivent / trop peu qui lisent. Mais à voir tous les comptes #bookstagram, tous les lecteurs plongés dans des bouquins dans les transports ou sur la plage, version papier ou liseuse, je me dis qu’il devrait y avoir assez de place pour tout le monde. Pour une offre éditoriale moins homogène, plus bariolée.

La diversité de l’offre éditoriale, c’est un sujet à part entière, que je n’aborderai pas ici. Je me contenterai simplement d’observer qu’il est plus facile de trouver un éditeur quand on a écrit un polar ou un roman feel-good, qu’une pièce de théâtre ou un recueil de poèmes. Ou de nouvelles.

Mon cheminement vers l’auto-édition

En juillet 2020, j’ai donc achevé l’écriture d’un ensemble de nouvelles, que je trouvais particulièrement réussies. J’ai ressenti un besoin impérieux de les jeter à la face du monde. Vous connaissez peut-être ce sentiment qui vous saisit lorsque vous êtes très fier de ce que vous avez produit. J’ai alors envisagé l’étape suivante logique : trouver un éditeur. Et là, bonjour la mélancolie.

En quête d’un éditeur ?

Je connaissais le deal. Il allait falloir imprimer mon manuscrit en un certain nombre d’exemplaires, Times New Roman 12, double interligne. Une petite catastrophe environnementale. En dépit du bon sens et des considérations écologiques, la plupart des éditeurs n’acceptent pas de manuscrits pas mail, donc j’allais devoir me résoudre à déforester une bonne partie de l’Amazonie. Puis envoyer ce tas de paperasse par la poste. Puis attendre 3 à 6 mois. Vivre dans l’anxiété et l’incertitude. Puis négocier le contrat, avec tous les écueils que cela comporte. Puis attendre encore. Revoir sa copie. Devoir participer activement à la promo et se plier aux exigences de l’éditeur.

Tout ça pour une commissions dérisoire, souvent entre 1€ et 2€ pour un bouquin vendu 20 balles en librairie. Parfois même bien en-dessous de 1€, car les auteurs sont souvent rémunérés avec un pourcentage proportionnel aux ventes. Par exemple, un auteur qui vendra 30 000 exemplaires touchera bien plus par exemplaire qu’un auteur qui n’en vendra que 300. Révoltant.

Pour savoir de quelle manière sont rémunérés les auteurs, vous pouvez lire cet article ou cet article. Il y en a des dizaines d’autres sur le sujet, tous plus déprimants les uns que les autres. En gros, pour un premier livre, il est probable que vos commissions couvrent tout juste vos frais de photocopies et d’envois postaux.

Au secours, j’ai écrit des nouvelles

Dans mon cas il y avait une difficulté supplémentaire. Mon bouquin n’était pas un roman mais un recueil de nouvelles. J’ai l’impression que les maisons d’édition ne publient presque pas de nouvelles, à moins qu’elles ne soient signées par un auteur déjà ultra-connu, comme Chimamanda Ngozi Adichie ou Kazuo Ishiguro (un Prix Nobel, ça aide). Je ne crois pas avoir déjà vu des nouvelles d’un auteur inconnu, ou alors dans une anthologie. Il y a des maisons qui publient des premiers romans, mais des histoires courtes – beaucoup moins. Mon manuscrit, je ne saurais même pas à qui l’envoyer.

D’après les échos que j’ai eus des personnes ayant essayé de trouver un éditeur pour des nouvelles, on leur répond en gros que « ça ne se vend pas ». Pourtant, je connais des tas de gens qui adorent les histoires courtes. Parce qu’ils n’aiment pas devoir suivre une intrigue sur une longue durée. Parce qu’ils lisent peu et aiment les histoires qu’ils peuvent parcourir d’une traite. S’il y en a une qui ne leur plaît pas, ils peuvent passer à la suivante.

Il y a aussi des gens qui, comme moi, lisent énormément, et des œuvres parfois très longues, mais qui apprécient l’exercice de style qu’est la nouvelle. Jack London, un de mes auteurs préférés, en a écrit des centaines. Tchékhov. Maupassant. Dino Buzzati. Et si le problème ce n’était pas que « ça ne se vend pas », mais que les éditeurs ont la flemme d’en vendre ? Si on n’en propose pas aux lecteurs, ils ne peuvent pas en acheter, logique ?

L’auto-édition : MAIS OUI !

Quelque peu abattue par toutes ces considérations répugnantes, je suis tombée sur le profil Instagram d’une autrice qui faisait allégrement la promotion de ses propres livres. J’ai trouvé qu’elle s’y prenait fort bien. Cette autrice était C.C. Robin. J’aime vraiment la façon dont elle arrive à parler de son travail et à construire une communauté autour de ses projets. Elle a écrit un roman de fantasy plutôt « jeunes adultes », et elle m’a expliqué qu’elle était en auto-édition. Et là je me suis dit : MAIS OUI !

J’ai tout de suite eu de l’intérêt pour cette formule. Voici ce qui m’a fait penser que l’auto-édition pouvait être une option valable pour moi :

Je fais peu (voire pas) de fautes. En me relisant consciencieusement, j’espère même pouvoir les éradiquer. J’ai plutôt confiance en la qualité de mes textes. Pour mon premier livre, je savais exactement ce que je voulais dire, et la façon dont je voulais le dire. J’ai l’impression que je parviens à produire des récits plutôt bien structurés ( mais peut-être n’est-ce qu’une impression présomptueuse, les lecteurs me le diront 🙂 ). Même pour la couverture, je savais déjà ce que je voulais.

Là-dessus, je me suis imaginé qu’en plus de devoir courir après un éditeur, payer des frais d’envoi, attendre des mois, j’allais potentiellement devoir me battre pour imposer ma propre vision. Des mots que j’ai écrits avec toutes mes tripes, des heures à suer pour que chaque virgule soit à sa place : et laisser un inconnu mutiler mon texte. Prendre le risque qu’une personne totalement étrangère à mon univers mental me dise qu’il faut changer ceci ou cela.

Niet.

En tout cas, impulsive et péremptoire comme je le suis, il ne m’a pas fallu plus de 48 h pour me décider. Le temps de faire l’inventaire et le comparatif des différentes plateformes d’auto-édition.

Mon choix d’auto-édition : BoD

Je vais être franche : j’ai connu BoD en tombant prosaïquement sur une publicité Facebook, qui a tout de suite « vu » que je m’intéressais à l’auto-édition. (Merci le machine learning et les pubs ciblées !) Dans les commentaires de cette pub BoD, certains déblatéraient contre les fichus graphomanes qui se prennent pour Proust (pour info, Proust s’était d’abord publié en auto-édition). Mais surtout, il y avait quelques commentaires d’auteurs qui avaient choisi BoD.

J’ai discuté avec plusieurs d’entre eux. Ils avaient l’air satisfaits de BoD. Je me suis renseignée de plus près. Je me suis décidée.

Petite remarque : j’ai tout de même eu une très courte (et très désagréable) expérience de contact avec une « maison d’édition » appelée le Lys Bleu. J’en parlerai bientôt dans un article, en espérant éviter certains écueils aux auteur.ice.s néophytes.

Le concept BoD

BoD n’est pas une maison d’édition (et ne prétend pas en être une), mais un service d’auto-édition qui permet aux auteurs de commercialiser leur livre de façon autonome. BoD signifie Books On Demand. Comme son nom l’indique, c’est de l’impression à la demande. Cela signifie qu’il n’y a pas de « tirage initial ». Pas de stocks. (Sauf si un libraire commande plusieurs exemplaires pour avoir son petit stock perso, parce qu’iel a adoré le bouquin et veut le mettre en avant). Le livre est imprimé et acheminé au fur et à mesure que les gens le commandent.

La formule Classique de BoD permet d’avoir son livre référencé dans la base de données des libraires, et sur la plupart des sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, Cultura, Chapitre, etc.). BoD fournit un ISBN, s’occupe d’effectuer le dépôt à la BnF, et de faire la conversion en eBook. Le tout pour la modique somme de 19 € TTC. BoD propose également des services payants supplémentaires, tels que la relecture, la mise en page, le design de la couverture… J’ai choisi de ne pas faire appel à ces services, mais d’autres les ont utilisés, avec succès semble-t-il.

Les difficultés graphiques

Les principales difficultés auxquelles je me suis heurtée ont été la mise en page et la conception de la jaquette. La mise en page devait être impeccable. Si vous fournissez à BoD un texte bourré de fautes, avec des paragraphes décalés et des marges improbables, ils s’en fichent, ils l’impriment tel quel. L’autre défi a été la couverture. Je suis une quiche en graphisme, j’ai donc utilisé l’un des gabarits fournis par BoD. La plupart ne sont pas terribles, mais par chance j’en ai trouvé un qui me convenait parfaitement.

J’ai validé mon projet BoD le dimanche 19 juillet 2020. Le 20 juillet, il était enregistré, et le dépôt BnF était fait. Le 21 juillet, il apparaissait déjà sur Amazon et le site BoD, et je vendais mes premiers exemplaires.

Le coût de l’auto-édition €

On m’a demandé plusieurs fois combien j’ai investi dans ce projet. Dans le cas de la formule que j’ai choisie, la mise en vente de mon livre m’a coûté en tout et pour tout 19 €. C’est peu !

Le gros avantage, c’est que je n’ai rien eu à avancer pour l’impression « physique » des exemplaires. En effet, il était hors de question pour moi de financer l’impression d’un stock de livres dont je n’étais absolument pas sûre qu’ils se vendraient. Puis d’essayer de les fourguer aux libraires en dépôt-vente, ou en les vendant sous le manteau. Trop risqué. Trop amateur.

Pour ceux qui souhaitent faire appel à des services tels que la relecture et la mise en page, la facture peut vite grimper et atteindre plusieurs centaines d’euros. Mais selon les auteurs, leur aisance en orthographe et en graphisme, cela peut valoir le coût.

L’auto-édition : OUI MAIS !

La question épineuse de la diffusion

L’absence d’une structure de diffusion (i.e. d’un service commercial) est LE gros point faible de l’auto-édition, pour des raisons évidentes. En effet, faire partie du catalogue d’une maison d’édition constitue en soi un premier gage de validité. En auto-édition, n’importe qui peut publier n’importe quoi. Même sans queue ni tête, même bourré de fautes. On a donc statistiquement raison de s’en méfier.

Pour 1 bon livre auto-édité, il faut en lire 9 mauvais.

@incultemaispastrop

Si vous décidez d’opter pour l’auto-édition, sachez donc qu’il va falloir convaincre vous-même les gens d’acheter votre livre (et dans un premier temps, au moins d’en lire le résumé !). Pour cela, l’auteur auto-édité doit endosser la casquette de commercial, raisonner en termes pragmatiques, et au besoin faire même du forcing pour mettre son livre en avant. Je vous assure que pour faire ça bien, il faut avoir une foi inébranlable dans le livre qu’on a écrit…

Personnellement, je suis assez mal à l’aise avec le côté marketing. J’ai du mal à me « vendre », à me créer une image. Autrefois je pensais candidement qu’un bon travail se vendrait en quelque sorte de lui-même, par un bouche-à-oreille miraculeux. Sauf qu’évidemment, ça ne fonctionne pas comme ça. On a beau avoir écrit un truc génial – si on ne le met pas en avant, personne n’en connaîtra jamais l’existence. C’est d’ailleurs la raison d’être de ce site web, avec sa magnifique page d’accueil qui propose des liens pour acheter mon livre 😀

Pour l’instant, je m’appuie essentiellement sur Instagram pour faire connaître mon livre. J’avais déjà un compte sur lequel je parlais de mes lectures, ce qui m’a permis de réunir quelques personnes partageant mes goûts littéraires. J’ai également proposé des services de presse à quelques Bookstagrammeuses (et deux ou trois mecs aussi, je rappelle que mon bouquin a une portée universelle, haha). BoD offre des services de presse aux influenceurs qui en font la demande (ce que tous les éditeurs ne font pas !), et ça c’est trop cool.

Un éditeur n’amène pas forcément gloire et fortune !

Je vais évoquer deux raisons pour lesquelles la question délicate de la diffusion en auto-édition ne m’a pas rebutée :

  • Même s’il travaille avec une maison d’édition, un auteur n’est pas dispensé de contribuer à sa propre promotion. Cela fait même partie de ses obligations contractuelles. Souvent, la présence des auteur.ice.s est requise dans les salons littéraires, sans aucune contrepartie financière (ni même défraiement !). Et les auteurs se font une fois de plus couillonner.
  • Toutes les maisons d’édition n’ont pas une bonne diffusion ! Les énormes, oui. Hachette, Folio, Gallimard, tout ça. En effet, la plupart des maisons d’édition font partie d’un grand groupe (ex : Madrigall), et s’appuient sur une société de diffusion qui est elle-même une filiale de ce grand groupe (ex : Gallimard, filiale de Madrigall, passe par la Sofédis, elle aussi filiale de Madrigall). Mais les petits et moyens éditeurs n’ont souvent pas les moyens d’avoir leurs propres représentants commerciaux, et passent eux aussi par des filiales de grands groupes – au risque d’être complètement dilués dans un catalogue pléthorique.

Ayant travaillé en librairie, je peux vous assurer qu’il y a des maisons d’édition dont on n’entend jamais parler par les représentants. J’ai de la peine pour les candides auteur.ice.s qui croient qu’il y a, quelque part, un commercial qui se bat pour eux.

J’ai globalement le sentiment que, même édité par une maison d’édition, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Résumé de mon expérience avec l’auto-édition

J’ai choisi l’auto-édition pour sa rapidité de mise en

Quand on a confiance en son travail, je trouve que l’auto-édition représente une bonne option. Si on a besoin d’être davantage accompagné, c’est possible aussi, mais cela a un coût.

Je déconseille d’avancer des fonds pour imprimer un stock d’exemplaires, que l’on tente ensuite d’écouler par soi-même. Si on ajuste mal l’offre à la demande, on risque de se retrouver avec des kilos de papier bons pour la cheminée. Et quand on n’a pas de cheminée, comme moi, c’est du pur gaspillage. L’impression à la demande représente une solution intéressante pour ne pas avoir à financer de stocks.

L’auto-édition demande toutefois des efforts particulièrement importants pour faire connaître son travail. Chez BoD, le deal est clair : votre livre sera référencé sur le web, point. Personne ne va vous amener de lecteurs comme par magie.

Je ne suis évidemment pas fermée à l’idée de travailler avec un éditeur, mais je n’en recherche pas activement. A ce stade, l’auto-édition me convient tout à fait. Je ferai valoir cette expérience dans une hypothétique négociation future avec une maison d’édition. Peut-être pour mon prochain livre 😉